PETITES GENÈSES, ET GRÂCES EN LA NEF partie 1

Tranches de vie , choisies par mes bons soins , en guise de cosmosophie intime; qui déterminèrent la mise en œuvre de ce petit «Blog-Ego-trip» assumé avec tout le sérieux et la joie qui conviennent .

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Frida KAHLO

Elle a quatre ou cinq ans à peine. Dans la salle au parquet lisse, les répétitions pour le ballet qui présentera le conte musical de Sergueï Prokofiev, le célèbre Pierre et le Loup, se sont intensifiées. Elle tiendra le rôle de l’oiseau. Elle ne réalise pas bien ce que cela représente pour elle; elle sait juste qu’elle aime beaucoup les oiseaux et qu’elle est ravie de pouvoir danser ce rôle. Pour l’heure elle doit réussir à enchaîner ce satané saut de chat sur la note souhaitée. Voilà déjà trois fois qu’elle fait un faux départ et son professeur commence à s’impatienter. Nouvelle tentative : son cœur bat, son oreille est attentive à la musique et elle jette un œil en direction des mains de Sylvie qui claqueront au moment de s’élancer. La musique coule dans son corps et ne fait plus qu’une avec elle. Tout est limpide et tendu à la fois… Elle accompli le saut de chat le plus sensationnel de sa vie ! Elle sait désormais qu’elle dansera toujours.

Elle a neuf ans. Elle s’applique à danser et elle adore ça; cette discipline, ainsi que la liberté qu’elle lui procure. Elle cherche la grâce dans ses mouvements et oublie les regards mauvais de certaines de ses camarades. Elle préfère partager sa passion avec des personnes qui ne sont pas totalement abêties par l’envie. Elle déteste la méchanceté et les injustices. Elle est toujours du côté des opprimés. Elle s’arme de courage dans son petit corps frêle de libellule pour affronter les cerbères et harpies de la cours d’école à coups de semonces lancées d’une voix aigrelette et haut perchée. Elle a neuf ans, une énergie à revendre et des rêveries secrètes plein les poches.

Elle a treize ans. L’Amour est son guide; du moins c’est ce qu’elle souhaite. En équilibre sur ses émotions elle embrasse la cruauté et la misère du monde avec ce fol espoir de le voir se transmuter en lumière. Elle gesticule face à l’inertie des conventions; persuadée que les différences, les failles, les fêlures sont des biens précieux à cultiver et à partager plutôt qu’à moquer et à enfouir. Alors, souvent elle est en colère. C’est la Colère qui la guide, qui la pousse à danser toujours plus et à sauter au dessus des flammes; à crier en silence sur la trame du papier … pour avoir moins à crier sur ceux qui s’acharnent à ne pas comprendre.

Elle a Vingt ans. Elle est étudiante et a toute légitimité pour interroger le monde – oui, parce qu’ensuite nous pouvons encore étudier la vie mais, légalement, nous devenons surtout des contribuables; sinon nous frôlerions le statut d’étudiants frauduleux, autrement dit de dangereux parasites. Pourtant nous continuons à recevoir des notes: comme un simple passage de bulletins de notes à bulletins de salaire; histoire que nous sachions si, oui ou non, nous avons bien travaillé, si nous avons une quelconque valeur marchande. Car, visiblement, savoir si nous sommes une valeur de marchandage a l’air plus important que de savoir si nous apprécions d’être bien connectés au chemin de l’Apprenti-sage. Mais je m’égare; tel n’est pas le sujet de départ, quoique.

Elle étudie l’état de ses propres valeurs; la direction et la portée que ses pensées ont sur ses actions; l’ incidence et l’étendue de ses actions sur son entourage et sur son propre parcours. Elle cherche aussi à communier avec ce monde sans trop savoir comment; comme une envie que la Nef soit aussi un peu empreinte d’une religiosité toute inventée par elle; non point pour créer un culte à son image , mais pour cultiver une terre fertilisée par des ondées spirituelles. Elle cherche à diviniser une part de sa vie tout en désacralisant le bien penser, le politiquement correct; le politiquement cruel. Ses lectures, et le flot émotionnel qui la traverse, l’emmènent sur des rives d’où elle revient persuadée que la folie réside ailleurs que là où on la condamne. Le fou n’est pas celui qu’on croit … et n’est pas «fou» celui qui croît. Quant à l’état de sa raison, elle veut la voir voguer , elle veut l’élever au-delà des apparences. Elle rêve jusqu’à l’ obsession de danser en apesanteur dans cette arche arrondie qui accueille toutes les différences; qui est constituée de toutes les singularités. Elle dansera sur la Nef jusqu’à la nuit des temps.

Elle a trente ans et sa vision de la Nef se précise. Elle imagine, à l’instar de tant d’autres, notre planète – puisque c’est d’elle dont il s’agit – comme un vaisseau matriciel et agissant constitué, entre autre, d’un fluide d’énergie dans lequel baignerait l’atma de toutes choses et toutes créatures visibles et invisibles qui l’habitent; ces âmes reliées les unes aux autres par cet organisme entropique qu’est la pulsion de vie. Elle imagine cette force énergétique se déployer comme des milliards de graines qui pousseraient en même temps ou à quelques années lumières d’écart. Elle entrevoie , dans un perpétuel ballet en cours – ou en répétition – une chorégraphie complexe qui demande un certain sens de l’équilibre et de la coordination; un minimum de vigilance quant à ceux qui nous entourent et effectuent leurs propres harmonisations. Et, sachant que toutes les formes, toutes les âmes ne croissent pas au même rythme, ne développent pas en même temps, ou systématiquement, les mêmes valeurs, les mêmes ressorts réactionnels, les mêmes points d’équilibres, elle constate que toutes veulent danser avec chacune et que chacune juge les autres avec sévérité. Les fous se déclarent sages et les sages sont traités de fous; la cruauté déguise sa peine et chacun se ment à soi même … même elle.

Alors, quand son optimisme bat de l’aile, elle fait comme elle a toujours fait. Elle prend un billet pour la Rêveraie; cet impalpable pays des résistances à la sinistrose où se réfugient les enfances fatiguées et blessées, le temps de panser leurs plaies et enfiler à nouveau leurs bottes de sept lieues pour conquérir de leur rire le vaste monde; l’oasis dont les terres fertiles servent à cultiver les utopies, à faire pousser les rebellions sensibles; le jardin où l’on recouvre l’espérance; le paradis où se rencontrent les rêves des âmes-sœurs. Elle invoque la puissance des songes qui lui permet d’inventer une partition nouvelle à danser.

AU PONT DES ÂMES

Pas de marques de guerre sur ces joues bienheureuses,
Mais la force du feu qui réchauffe la ronde
Et la fraîcheur de l’Eau qui caresse le monde.
Et le sang de l’Amour dans le chaudron qui luit;
Un trésor est gardé au-delà de la nuit.
Un poulain blanc galope sur l’Iris merveilleuse…
La bonté est passée; a-t-elle pêché ton cœur?

2018 (Parcellaire invisible)

raibbow

LES SINCÈRES ET LES COLÈRES

Le Fou du Roi se balance sans vergogne et soulève sa robe blanche devant un attroupement de jeunes louveteaux qui le dévorent de sarcasmes.
Entre ses mains, ils avancent masqués, et l’emportent sur cette démence délivrance que j’aime.
Ses éventreurs ont tiré sur ma peau une note perlée qui me fait songer aux indomptables cimes.
Furieuse et dévergondée, je crie à mon âme première.
Celle que même la feuille blanche salissait.
Je ne puis la retrouver qu’à la sincérité d’une tendre amitié.
Toi le fou, dans tes yeux Vérité je me reconnais.

Gracie de la Nef ( 94/2018 Chroniques des braises)

gustave-dore-les-saltimbanques-1874
Gustave DORE , Les saltimbanques

DE L’ART DE BIEN VOLER

Selon qui nous sommes , et nos talents,
Nous déployons nos ailes différemment.

Certains prennent un pinceau.
Ils le trempent au fil de l’eau
Et dessinent un poème.

D’autres cuisinent avec langueur
Des mets emplis de saveurs
Qui allèchent le corps et allègent le cœur.

Ils en est qui filent des heures
En un délicat labeur.
Un de ceux que j’apprécie,
Qui me contente. Et je m’assagis.
Tirant mon aiguille, vidant mon esprit;
Dans ses velours je m’alanguis.
Gracieusement il marie
Sequins et broderies.

J’en connais dont le souffle puissant
S’épanouit dans le chant;
Et qui ravissent nos oreilles
De fins murmures qui disent merveilles.
Ils ont pour acolytes des musiciens habiles
Qui inventent des mondes juste au bout de leurs doigts.
Ils versent dans les airs un infini d’émois;
Nous buvons, en suspens, leurs notes volubiles.

Il y a mes semblables ;
Dilettantes ou laborieux ; marginaux
Misanthropes ou bien affables.
Ils vous brossent un tableau,
Mêlant Vérité et Fable,
Sans quitter la table
Ni fournir que des mots.

Puis, il y a les rêveurs
Qui, du haut de leurs songes
Lointains des mensonges,
Valsent avec Liberté
Tant ils savent voler.
Sages parmi les sages,
Ils livrent un message:
« Dansez,
Chantez,
Jouez;
C’est bien, vous décollez! »
Si nous fermons les yeux,
Nous serons tout comme eux.

Gracie de la Nef ( 2016 Chroniques éthériques )

edmund dulac israfel
Edmond DULAC, Israfel

LA RÊVERAIE

Viens

Je t’emmène en Rêveraie

ce pays , le tien, le mien,

Où le peintre me dit

« Peindre est mon rêve accompli.

Marcher dans la nature , aussi. »

Où le druide me crie

« Rechercher l’Arbre-ami

Est mon rêve accompli !

Et caresser la pierre dans l’abri de la nuit. »

Où l’enfant et l’indien s’écrient

« Rencontrer mon totem est mon rêve accompli !

Et danser avec lui ; et danser sous la pluie. »

Viens

Nous croirons à nouveau

Que l’oisiveté, plus qu’un droit, est un devoir.

Nous la reprendrons de force

à ceux qui l’ont arrachée au monde.

Ils la cachent , stratèges, pour forcer à l’oubli ;

Pour forcer à l’agitation peureuse.

Viens

Nous la rendrons au monde,

Paladins pour l’onirisme,

Avec les cris de guerre de nos rêves éveillés ;

Et puis tes chants d’amour .

Gracie de la Nef ( 2018 Chroniques éthériques )

DAR ( Droits d’Auteur Réservés )

odilon-redon-nuages-fleurs
Odilon REDON

sources d’inspiration et de résonance :

TAME IMPALA, dont la musique m’a accompagné durant l’écriture , notamment les morceaux Runway, Houses, City , Clouds ; New Person, Same Old Mistakes et Fell Like We Only Go Backwards

AMÉLIE LES CRAYONS : Mille ponts , et justement le titre Mille ponts qui m’a touché à cœur

La Nef des Fous d’ Antonin FADINARD ( auquel j’emprunte une citation de Michel FOUCAULT en quatrième de couverture * )

Le Papillon des étoiles de Bernard WERBER

Éloge de la Folie d’ERASME

 

* « De l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou »

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