RETOUR à LA MÈRE , Chassez la nature , elle revient en mon cœur

camille corot souvenir de mortefontaine
Camille COROT
Avant que ne passe le printemps, ma saison favorite, je voudrais faire croître aujourd’hui , sur cette page blanche, les couleurs, les parfums, les musiques que m’inspire la Reine de la création , L’Enchanteresse en personne ; Mère Nature. Je reviendrai , dans un autre article, dire mon amour du Ciel ; et ce lien libertaire et rêvassier qui me lie à lui. Cela reste cependant un « amour platonique » . Je peux le voir, l’admirer, lui clamer mes sentiments les plus élevés … je ne pourrais hélas que le frôler à peine et jamais vraiment l’étreindre. Sa nature éthérique en est pour partie la cause ; mon vertige pathologique a fait le reste.
Il en va autrement avec les autres éléments qui constituent notre Nef Suprême. Mon rapport amoureux en devient d’autant plus charnel que je n’ai point saisi mon aimé azuré. Et c’est un amour tout enfantin qui de dessine alors; fait de sensations et de libres et simples expérimentations.
J’aime en toute saison marcher le long des rivages maritimes, pieds nus dans le sable, pour mieux flirter avec l’eau vagabonde ; les yeux rivés sur les trésors de la plage, ou bien happés par la ligne argentée de l’horizon ; l’oreille attentive au murmure des vagues et aux piailleries des oiseaux de mer. J’aime aussi bien , les jours de ciel turbulent , marcher sur les chemins de crête fouettés par le vent, quand la houle offre aux rochers son écume sauvage qui vient vous lécher le visage.
J’aime perdre mes pensées sur les sentiers forestiers ; me laisser envahir par la magie des lieux. J’aime y être silencieuse pour laisser les mots , inspirés par le secret des futaies , trouver le chemin de mon cœur. J’aime aussi y recevoir les « conteries » et confidences d’êtres chers ; les arbres apprécient de connaître de nouvelles histoires, et accueillent volontiers les paroles secrètes.
J’aime grimper sur les hauteurs…. Sentir les muscles s’échauffer sous l’effort. Croire que je n’arriverai pas au sommet, être à bout de souffle jusqu’au moment où le corps décide que c’est possible ; jusqu’au moment où j’ai la sensation que je vais m’envoler.  Étendre mon regard, minuscule reine de rien du tout, sur les étendues vertes, les pâtures que survolent avec puissance et grâce les milans et les hérons cendrés. J’aime voir les silhouettes des arbres qui se découpent ça et là. J’aime encore mieux lorsqu’ ils sont innombrables ; parce que la solitude d’un arbre , si majestueux et respectable soit-t-il, me rappelle toujours que l’homme est passé trop souvent autour de lui pour lui voler ses frères.
J’aime par dessus tout longer les berges des rivières; les parcourir jusqu’à ce qu’elles atteignent les eaux salées . Leur course disciplinée est la seule à pouvoir apaiser mon feu intérieur. Être un rivière sage et retourner à la mer…
J’aime vivre au rythme des saisons . Me réjouir de ce qu’elles ont à nous offrir, même si le printemps a toute ma préférence. Après les longs mois d’hiver à fomenter, dans le silence des longues nuits, quantité de projets et de rêveries ; à grelotter un peu chaque fois que l’on prend un chemin bourbeux recouvert de feuilles mortes ; à espérer le retour improbable du soleil; c’est une excitation toute enfantine qui m’envahit à la Pâques de l’année. Mes promenades deviennent soudain interminables, non pas à cause seulement des kilomètres ajoutés mais surtout pour la fréquence des arrêts suscités par l’éveil de la nature. Le moindre bourgeon nouveau, le moindre pépiement, le moindre froissement d’herbe me met en alerte . Je ne veux rien rater de la vie célébrée. Tout bouillonne , tout tend à conquérir. Et , comme les bourgeons fleurissant sur la branche simultanément, tous les projets que j’ai peaufiné au cœur de l’hiver, semblent exploser et s’éparpiller dans les jeunes pousses printanières. Restera ensuite à les rattraper un à un et à les dompter . Il faudra alors jongler avec les heures et les contingences du quotidien pour rajouter à ce qui doit se faire et ce qui est déjà en cours toutes les promenades à venir, que l’on ne saurait repousser plus longtemps ; et toutes les créations qu’elles nous inspireront. Un casse tête, une épreuve qui demandera beaucoup d’énergie et de rigueur . Combien de fois ais-je souhaité que les journées d’Avril ne contiennent chacune trente cinq heures ?
J’aime me nourrir de la beauté de la nature, et de ses dons aussi. Croquer à pleine dent dans ses fruits juteux, ses légumes croquants. Absorber des yeux et des lèvres toutes les couleurs qu’elle met à disposition sur la palette de ses multiples paysages.
Je l’aime avec crainte , cette tendre et puissante mère, car n’ai pas la force sauvage des animaux qui l’habitent et survivent malgré nous. J’envie la résistance et la générosité qui se dégage de l’État naturel. Un état dont nous nous éloignons tant ; qu’il nous faudrait reconquérir pour lutter avec elle et en elle contre nos propres aberrations. Et je rêve d’une humanité qui aimerait suffisamment la nature pour rompre les schémas du chacun pour soi au bénéfice de solidarités naturellement inscrites en nous ; afin que se créent des îlots de préservation et de régénération , de l’habitat originel duquel nous sommes issus. Des îlots gigantesques de préservation et de réappropriation des gestes intrinsèques d’entraide et de reconnaissance des compétences singulières. Et je rêve d’une humanité qui se comporterait comme à l’aube d’un printemps éternellement renouvelé… dont la seule préoccupation est l’élan de vie.
Souvent je pense aux rêveries de tous les promeneurs solitaires.
BALADE
Marcher au gré de mes pas.
Marcher sur les chemins.
Arpenter les forêts
Et les plages de sable fin.
Parcourir les vallées
Et les monts durs et froids.
De mon passage nulle trace laisser .
Juste l’empreinte de pas légers :
Sur l’herbe encore jeune et fragile
Que la rosée aura bientôt renforcée ;
Sur le sable, mouvant dans l’immobile,
Que l’eau tantôt aura renouvelé.
Marcher, seule ou accompagnée
De ceux que je chéri,
pour ensemble s’émerveiller
De mille endroits bénis.
Ne rien emporter de ces trésors charmants.
Juste le souvenir d’un éclat de couleur,
Une plume perdue, un son et une odeur ;
Le temps suspendu
D’un moment attendu
Lorsque s’offre la scène parfaitement  belle
De l’ État Naturel .
Suivre le vol silencieux et doux
D’un papillon qui déploie ses ailes,
Le galop craintif et fou
D’un chevreuil surpris au réveil,
L’approche cadencée et furtive
D’une mésange naïve
Guidée par les saveurs exquises
D’une quelconque friandise.
Puis, s’en retourner en silence,
Au rythme apaisé et serein
Des promeneurs qui repensent
Aux bonheurs simples offerts par les chemins.
(2017; Éclats de terre, vers de mer )
Franz MARC: Daims dans la forêt
BALADE II
Parcourir des routes et des routines ;
De ces deux entrelacs est faite notre vie,
À dérouler ces distantes bobines
Et les entortiller à l’envi …
L’imprévu qui chagrine,
Le présent qui ennui,
Les regrets qui vous minent,
Les projets que l’on envie ;
En faire une belle tapisserie
Évoquant une carte aux trésors,
Un index de cols franchis
Affiché en décor.
Mieux encore,
Cacher l’œuvre chérie
Tout au fond de son bagage
Et, dans un secret langage,
En tirer philosophie :
Découvrir des routes et revenir aux routines.
Reprendre mille fois le fil d’un sentier connu,
Sur l’écheveau du quotidien que l’on sème,
Sans se lasser de l’herbe déjà vue ;
Toujours fidèle, jamais la même.
S’élancer à nouveau sur des voies inconnues
pour toujours ressentir le goût de l’aventure,
Sans s’étonner, pourtant, que la vraie nourriture
Ne tient pas seulement dans ce que l’on a vu.
Car la quête extérieure reste stérile et vaine
Sans un regard honnête en dedans de nos veines.
Et quelle meilleure amie pour écouter son âme
Que la très noble et bienveillante Dame,
La mère universelle que l’on nomme Nature ?
(2017; Éclats de terre, vers de mer )
Narcisse DIAZ De La PENA
DE AQUA VITAE
Elle court tout autour de la terre ;Libre et rebelle, elle court
Elle rafraîchit ton cœur ;Ton âme, elle la renvoie à l’état d’enfant
Tu éclabousses.
Tu enfonces tes doigts dans la vase, c’est bon !
Elle jaillit entre les roches, indomptable et glacée
Elle chante dans sa course effrénée
Elle t’assourdit et t’emplit au même temps de rires joyeux
Elle t’invite aux jeux furibonds !
Elle t’apaise dans ses vasques tranquilles ,
prise entre les rochers et les sols sablonneux ;
Douce rivière aux abords verdoyants
que la lumière du soleil pénètre en fins rayons tamisés
Elle t’invite à la rêverie
Quand tes mains caressent sa surface apaisée
Elle invoque le voyage et l’ailleurs dans ses étendues azurées, salées …
(2016; Éclats de terre, vers de mer )
Gustave COURBET : La mer
CHAMPS LIBRES
la folie me guette si je reste ici demain …
Je prendrai le chemin le plus lointain.
L’eau coulera libre,
Pure et fine.
Le ciel reposera ses membres
Sur de vertes et géantes épines.
Les animaux sans laisse
S’étonneront de mon passage.
L’arbre sera mon père ;
Ma mère, la rivière.
Le rocher, comme un ami fidèle,
accueillera ma fatigue.
L’herbe sera ma belle
Et la fleur, un bijou à mes yeux.
J’oublierai les lumières mortes ;
Le feu sera mon hôte,
Mon amant,
Mon meilleur ennemi.
(94∕07; Chroniques des déserts)
René MAGRITTE : La clé des champs
RETROUVER L’AXE DU MONDE
Enfant de la Lune
De la Terre
Et des étoiles
Réclame ta source
Et déterre tes os.
Prélève la plume
Et goûte au bruit de l’Eau.
Revêt toi d’un vent nouveau.
Bientôt ,
Viendra le règne de Callisto.
Nous quitterons l’amertume ;
Nous danserons à nouveau
En l’honneur de la Grande Ourse.
Encore sous les étoiles,
Tremblera la terre,
Entre granit et callunes.
(2018, Chants des cendres)
William TROST RICHARDS
Gracie de la Nef
 DAR (Droits d’Auteur Réservés)
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