Oh Ciel, ma Liberté !

Je vous propose aujourd’hui d’embarquer, tout autour de la Nef,  au cœur de ma liberté. Pour y aller, nul besoin de vaisseau onéreux; nul besoin de s’acheter les compétences d’un guide ou un ticket d’entrée hors de prix. C’est un endroit où pourrait régner un paradigme de démocratie vraie et de libre expression; c’est Le royaume du vide. Là même où parfois le démuni , s’il n’égale le plus riche , peut aisément le surpasser. C’est l’espace blanc où tous les vertiges sont permis; toutes les images en attente. C’est la page blanche où toutes les histoires sont promises; tous les rêves en suspens. Il est la page blanche de mes rêveries; de jour comme de nuit. Parfois, je n’ai même pas besoin de le voir; il me suffit de l’invoquer et la magie opère. Me voici en zone paisible de tous mes possibles , côtoyant en pensée les créatures les plus libres , les plus téméraires et les plus gracieuses qui existent sur cette planète. Et sur celles que je m’invente; parce que s’ouvre en moi un ciel intérieur pourvu des seules limites de mon imagination . J’a en effet cette vision qu’à l’intérieur de notre boite crânienne est un Ciel-jumeau; grand écran sur lequel nous projetons l’infini possibilité de notre esprit et de ses aptitudes (que nous connaissons si mal , que nous méprisons parfois). J’en ai une vision si claire que j’en ai fait un tableau… mais seulement dans ma tête … si seulement. D’aucuns cherchent à conquérir et contrôler cet espace azuré  – et son doublet spirituel – à grand renfort de technologie; de techniques de suggestion subliminale aussi. La chose est complexe de posséder entièrement l’insaisissable … Cela adviendra-t-il ? Peu importe. Car je veux croire qu’Il trouvera toujours des brèches, des échappées pour n’appartenir jamais à personne et communier avec tous. Il est là comme pour nous élever; nous interroger sur notre condition. Nous, êtres soumis à la gravité au matérialisme et au consumérisme; ne rêvons nous pas tous, au fond, de nous alléger et de vivre pour un instant ou une éternité en ce lieu immatériel et limpide? Ne rêvons nous pas d’en être les dieux résidents ? En attendant, Il a inspiré une majorité de mes poèmes, soit que j’y projette mes désirs, mes craintes, mes fuites, mes émerveillements; soit que je m’identifie à un de ses hôtes réels ou mythologiques, soit que je suis le simple témoin de ses «événements». J’ai d’ailleurs choisi , ici, de vous présenter essentiellement – à l’exception du dernier texte – cette dernière part au travers de trois poésies très différentes. Qu’il s’agisse pour moi de témoigner de l’apaisement et du recentrage qu’Il me procure, de la joie enfantine de mon cerveau à se laisser aller à ses penchants à la paréidolie , ou bien des nuées qui entrouvrent les portes du sacré. Ces quelques vers sont un hommage bien dérisoire en comparaison à tout ce que Lui m’offre ; à sa disponibilité , son accessibilité. Pour s’y rendre, il suffit positivement de lever les yeux et de contempler sa grandeur mutable et immuable à la fois. Et si les yeux de certains se refusaient ( pour tant de raisons, médicales , psychiques… ) à le révéler; il suffirait encore d’écouter, ou sentir sur la peau en extase, ses multiples souffles. Il sera la caresse chaleureuse de la mère sur le front de l’enfant; Il sera l’étreinte sensuelle d’un couple éternellement enlacé. Il est le fouet cinglant qui libère nos maux . Il est le murmure de l’amant à l’oreille de sa douce. Il est le chant prénuptial des migrateurs, au printemps. Il est la fureur des Dieux; Il est l’envol fougueux de mes mots dans son silence éthéré. Il est une scène inaltérable sur laquelle se déroule un spectacle inépuisable pour celui qui daigne se laisser aller; une aire de jeux gratuite et illimitée. Laissons voler nos libres pensées à travers ses continents-nuages, ses étoiles-balises et ses couloirs de vent … N’attendons pas un seul instant; tant que lever la tête reste un acte autorisé.
Billet pour nulle part ailleurs
Un jour, il faut que je te mène
Là où le ciel est toujours bleu;
Où les nuages s’égrènent,
Perlant les limites des cieux.
J’y puise ma force dans l’herbe et la rosée;
Admirant les oiseaux qui viennent par milliers
Abreuver mon bonheur.
Là mon âme s’élève et, s’éprenant des leurs,
Rejoint en un instant ce grand vide tout bleu.
Il faut que je t’y mène
Pour qu’enfin tu connaisses
La souffrance abolie
Et l’oubli des caresses;
L’extase irréfléchie
Que trop de pensées blessent.
Gracie de la Nef ( 92/2018 )
Vladimir KUSH
Acte I, scène 1
Ce matin,
Dans le ciel :
Bouquet de choux fleurs sauce soleil ;
J’ai faim !
Paupières closes,
Histoire de savourer la chose…
En un clignement d’yeux,
Le bouquet s’est fait la belle
Et fait place à une ribambelle
De cygnes vaporeux
Qui voguent deux par deux.
Un coup de vent rebelle
Vient gonfler leurs ailes…
Adieu plumes en satin ;
Bonjour monstres marins,
Éléphants de guimauve,
Dieux hindous teintés de mauve.
Je vois leurs bouches se distendre
Tandis qu’ils roulent de grands yeux.
Au signal d’un Zéphyr malin,
Ils entonnent un turbulent refrain
Que je suis la seule à entendre.
Dans ce vacarme silencieux,
Qu’accompagnent clairons et trompettes,
J’entends venir une joyeuse tempête…
Un rideau de nuages
Couleur d’orage
brouille ces charmants mirages
Et charrie dans son sillage
De nouvelles vagues à naître…
Cette ouverture théâtrale était un coup de maître !
Demain, je reviens.
 ( 2016:Chroniques des éthers  )
René MAGRITTE
Oh Ciel, mes Dieux !
 
Le ciel de mars en Basse Bretagne
Est un enchantement.
Il semble que les Dieux
Ont quitté leur Montagne ;
Ont dit adieu à leur Olympe adorée
Et rendez-vous, Ici, se sont donnés .
Au dessus des abers, des forêts et des champs,
Ils se reposent ou s’ébattent.
Et ; prenant soin de leurs corps accorts, imposants,
Déroulent à leurs pieds de prestigieuses nattes.
Tantôt duvets moelleux
Nimbés d’incandescente blancheur
Sur un azur nacré,
Ils abritent l’éclatante nudité
Des déesses d’Amour et de Fertilité.
Tantôt épais et ombrageux ;
Nous protégeant des clameurs
D’un Poséidon tempétueux.
Quelquefois déchirés, gris, loqueteux ,
Dispersés par des frères qui se battent
Jalousement en des joutes furieuses ;
Une fratrie frivole, joyeuse, qui déverse
L’écume de ses luttes,
De ses rires et ses rages
En une tiède averse.
Soudain féroces et noirs,
Fulminant de rage,
Quand éclate l’Orage
Dans une nuit abrupte
D’où l’espoir est absent…
Parfois pâles et perlés,
Quand les idoles quittent la scène
En dispersant leurs traînes,
Pour laisser place à d’autres allégories
Manannan Mac Lir
Puissant fils de la Mer ;
Dana la Grande Mère
Dominant les montagnes,
Maîtresse des nuages et des Vents…
En Basse Bretagne,
Quand j’attends le printemps ;
Les spectacles de mars,
Jamais ne me lassent.
 ( 2017 :Chroniques des éthers   )
Eugène BOUDIN
Chronique des dernières nuées
Quand tout sera bétonné
Quand tout sera gris poussière
Quand nous serons prisonniers
De cités tentaculaires
Quand ils auront détruit
Le moindre village vert
Quand au-delà des villes
Tout ne sera que désert
Quand nous serons nourris
De lumières nucléaires
De désirs fabriqués
De poison-confitures
Gavés de peurs et de haine
Nous ne saurons plus
Nous suffire à nous-mêmes
Coupés de la nature
Qui sustente et éclaire
Dans ce vide absolu
Où trouverons-nous les brillantes idées
Qu’elle nous inspire.
Où seront les plaisirs sans frais
De la fleur que l’ on respire
L’eau qui rafraîchit ?
Le sable en transparence ?
Où donc les mûres rougies
Au soleil de notre enfance ?
Quand sa douce compagnie
Réduite à l’évanescence
Ne pourra plus combler nos vies
Nos sens et notre Essence
Quel sera l’asile
Aux vaines envies
Que l’on nous inocule
A mesure que l’herbe s’amenuise ?
Ce matin mon enfant m’a dit
Son amour des nuages
Qui se déguisent en images
Lui aurais-je transmis
Cette part insoumise
Qui veille au fond des âmes ?
Pourvu qu’ils ne bétonnent le ciel.
 (  2016: Chroniques des éthers  )
Thomas MORAN
Sources d’inspiration et de résonance:
  • Elévation ; Charles BAUDELAIRE in Les Fleurs du mal
  • Cloud Atlas ; de Lana et Andy WACHOWSKI et Tom TYKWER
  • Les sonates d’ HAYDN qui se marient si bien avec la transmutation des nuages les jours de vent léger

 

Gracie de la Nef ( DAR )

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