LA FEMME A BARBE, UN MYTHE A RÉALISER

Mermaids Gustav Klimt
Gustav KLIMT : Mermaids

Les trois poèmes que j’ai réuni ici ont été écrits à différents âges de ma « vie de poésie » . Toutefois, ils sont en lien avec  une de mes sources d’inspiration – et de construction – principale. Elle tient une part importante et fût sans doute une des premières – avec la nature – à me permettre de rêver la vie les yeux ouverts. Il s’agit de la part des contes et des mythes. Des tous premiers contes de mon enfance à un goût croissant pour les mythologie, les étagères de ma bibliothèque – et mes rêveries – trouvent toujours bonheur en ces nourritures. Les contes et les mythes , ont coloré la façon dont je m’inscrit au monde, dont j’appréhende ma condition humaine, et plus particulièrement mon positionnement en tant que femme. Quoi de plus normal ; ils ont été crées pour cela ! Les contes et mythes ont tant à dire sur l’Humanité. La manière dont elle s’est construite et transcendée. Ils révèlent aussi une part qui nous dépasse. Ils nous renvoient à l’inconscient collectif et au souvenir commun , réel ou fantasmé – à chacun de nommer la chose selon ses croyances , d’une condition supposée antérieure. Les grandes figures mythologiques, tout autant que les personnages les plus insignifiants des contes, nous questionnent et nous guident dans notre positionnement en tant que créature humaine sexuée et en quête de transcendance. Quels formidables ressorts à la création !

Ces trois textes sont une partie du cheminement que j’ai du accomplir lorsque j’ai cherché à accéder au Féminin Sacré en moi ( ils révèlent  beaucoup de moi pour qui sait lire à travers mots )  . Nombreuses ont été mes lectures à ce sujet ( Cf : sources en fin d’article ) .

Pourquoi avoir intitulé mon article La femme à barbe ? Parce que Mandragore, Mélusine et Baba Yaga sont toutes trois, à mon sens, des femmes à barbe. Des femmes qui d’emblée dérangent par leur « étrangeté » physique qui ne colle pas aux standards ; mais aussi parce qu’elles assument leurs pouvoirs. Elles dérangent et font peur avec leurs pouvoirs dangereux. Elles font peur et surtout elles défient les hommes. Ceux qui n’ont pas encore incarné leur Masculin Sacré. En exhibant leurs poils, leur part masculine – cette saine agressivité qui permet l’ Agir sur le monde, le pouvoir sur sa propre vie – Elles dérangent tous ceux qui ne sont pas encore sur le chemin de leur propre accomplissement. Elles seront conspuées et refusées bien qu’elles montrent une part du chemin qu’il faut se risquer à prendre.

La Mandragore

Enracinée dans le désir,

Mandragore s’étirait

Aux pieds de l’Arbre et de l’Homme;

Jumeaux difformes.

Avide, elle a bu leur sève ;

Ardemment…

Et l’Arbre s’est effeuillé ;

Et l’Homme s’est desséché.

Meurs vil humain ! Meurs pauvre chêne…

En une seul souffle les jumeaux vont au trépas,

Dévorant leur ultime haleine ;

Triste repas.

Mandragore a volé, à ses amants, leurs veines…

depuis, j’ai découvert dans une antique forêt

Le vestige de ce conte de fée.

Un arbre décharné retient sur son vieux corps

Je tronc, jeune et ferme, d’un homme mort.

Et je rêve éveillée à cette Mandragore

Qui résume à ses lèvres la naissance et la mort.

Gracie de la Nef

( 94 / 2016 . DAR : Droits d’Auteur Réservés)

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Keith PARELLI

 

Mélusine

Quand mon regard te croise

Tout s’étouffe en ma gorge ;

Ta lumière interroge

Ma peau, mon cœur, mon âme.

Tes yeux sont mes fantasmes,

Tes mains sont mes morsures ;

Mes rêves en sont remplis.

M’agrippant à ton cou,

J’y plonge … Et me désole

Quand je dois m’éveiller.

Tout ça me rendra folle,

Puisses-tu l’exiger.

J’en suis sûre, tu voles

Nonchalante et heureuse.

Je ne peux qu’implorer

Ta présence radieuse.

Conte-moi tes mystères,

Tes secrets séculaires

Offre-moi ton image

Que j’aie le courage

De te ressusciter chaque soir

Pour enfin tout savoir !

Gracie de la nef

  ( 92/ 2016 DAR)

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Christian SCHLOE

BABA YAGA

Un bel après-midi de balade en forêt

M’a mené malgré moi vers d’étranges sentiers…

Allongée un instant sur un petit talus

Pour rêvasser et délasser mon dos fourbu,

Je me levais soudain ; empruntais un chemin

Dans la douce pénombre d’un petit bois de hêtres.

L’air, nimbé de magie, comme un guide certain,

Attirait tout mon être.

J’ai marché, sereine, sans doute aucun.

Je ne savais pas encore que je la verrai

Aussi parfaitement que je l’avais rêvée…

Au milieu de la sente, s’ouvrait une clairière

Cernée de hauts buissons comme d’une barrière.

Quelque druide amoureux a bâti en ce lieu,

Avec dévotion et grande application,

Une charmante petite habitation

Toute de branches et de feuilles de lierre tressées.

Les lignes en sont si pures, les courbes si sacrées

Qu’en un instant j’ai su qu’ici elle vivait.

Face à cet abri, s’élevait, droit, un chêne.

En ses hauteurs elle m’attendait, immobile…

À son observatoire ancestral enlacée,

Comme un bijou ancien accroché à sa chaîne,

Sauvage et silencieuse, gironde mais habile ;

Elle reste invisible au promeneur distrait.

Mais Elle m’a choisi ; m’a mené jusqu’ici.

Je l’ai enfin trouvée, à mes yeux révélée !

Vieille Beauté qui incarne la Mère,

Elle arpente depuis toujours la Terre…

Millénaire et souterraine,

De toutes les femmes elle est Reine.

Bienveillante et douce, tout le jour durant,

Elle est féroce et crue au soleil couchant…

Détentrice de nos puissants savoirs,

Révélatrice de nos vivaces forces,

Oserais-je l’approcher dans le noir

Et vibrer à l’Unisson de la Boue et l’Écorce ?

Grande Louve, terrible et rieuse,

Serais-je, pour toi, une disciple courageuse

à qui tu ordonneras par delà les mots :

« Chante la chanson des vivants et des morts.

Danse et ri sur les Os, invoque leurs trésors ! » ?

Gracie de la Nef

(  2016 DAR)

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Magdalena KORZENIEWSKA

Sources d’inspirations et de résonance :

LE FÉMININ DE L’ÊTRE , pour en finir avec la côte d’Adam d’Annick de SOUZENELLE

Mélusine ou la Noble Histoire de LUSIGNAN de Jean d’ARRAS

Mélusine ou l’androgyne de Jean MARKALE

Le Cycle d’Avallon de Marion ZIMMER BRADLEY

FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS de Clarissa PINKOLA ESTES

Psychanalyse des contes de fée de Bruno BETTELHEIM

– Le conte de BABAYAGA ( mythologie slave )

– Mother Gong : album Fairy tales

– Emily LOIZEAU : La femme à barbe ( album Pays Sauvage )

– Claire DITERZY : album 69 battements par minutes

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15 réflexions sur “LA FEMME A BARBE, UN MYTHE A RÉALISER

  1. Je trouve vraiment prodigieux de savoir à ce point dessiner la sensibilité clairvoyante de ces intelligences féminines désincarnées !
    J’aurais presque envie d’intercéder pour le salut de ces âmes perdues et de racheter à ces 3 pécheresses leurs péchés originels !

    Bien amicalement.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce très beau commentaire et merci pour elles 😀 . Il n’ y a de péché et de pécheresse que parce qu’il y a eu maldonne sur l’écriture des origines… Comme si les origines et la distribution des pouvoirs commençaient là où le monothéisme l’avait décidé … Mais ce n’est que mon avis un peu profane et probablement très partial 😉

      J'aime

  2. Wow, superbe hommage à trois femmes d’exception qui traversent les âges. 🙏
    C’est très inspirant. Il faut que je retrouve les livres de contes de mon enfance, Baba Yaga dans son isba, et relire sous un nouvel angle.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup !! En parallèle aux contes pour enfants , je vous invite, si ce n’est déjà fait à jeter un œil sur l’excellent livre de Clarissa Pinkola Estés  » Femmes qui courent avec les loups  » , notamment pour le conte de Vassilissa ( et baba Yaga ) . très bonne soirée

      Aimé par 1 personne

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