L’AVEU

 

Saulterre Georges

Ne m’en veux pas
Si j’ai perdu la flamme;
Si je bute,
Trop lourde,
Trop triste,
À l’écorce du réel;
S’il me heurte tant
Que je joue le repli
Aussitôt qu’il me touche.

Surtout ne m’en veux pas
si je t’ai délaissée
pour les brumes du rêve.
C’était vraiment trop dur
cette lutte émoussée
pour toi, contre l’Épée.
Ma voix dans mille voix ;
c’était un cri informe
contre les griffes crues
de cent démons d’acier
qui te souillent et t’éventrent.

Pardonne-moi, Merveille.
Je me sens écrasée
par tous tes écorcheurs.
Je ne suis pas guerrière:
je suis trop abîmée
par l’assaut incessant
des innombrables flèches
qu’il nous faut repousser;
chaque nouvelle horrible
en appelant une autre.
L’enfer peut-il cesser ?

J’ai voulu relayer,
montrer avec les autres,
l’infinité des trombes
qu’il nous faut ravaler.
La boue m’a emportée.
Je n’ai pas supporté
la vue de cette tombe
Qu’ils nous dessinaient.
Si je continue à crier,
je trébuche et je tombe.

Ne m’en veux pas ma Terre;
Je n’en vaux pas la peine.
Le temps se chargera
de donner les justices;
le sort m’engloutira.
Je ne peux rien semer
que le flot de mes larmes
sur tes plaies offensées.
Je retourne aux chimères;
au silence velours
de mes vierges papiers.
Je n’ai pas de fierté.
Je retourne aux « Beautés »
et te laisse à tes drames.

 

GdlN ( juillet 2019 D.A.R.)

image : Georges SAULTERRE

15 réflexions sur “L’AVEU

  1. Continuer de respirer est le plus important.. nous ne pouvons faire que ça, comme une dernière dignité (on en parlait ailleurs, aujourd’hui.)
    J’espère que votre flamme se rallumera, de quelque façon que ce soit, pour qui ou pour quoi que ce soit.
    On a que ça..

    Aimé par 1 personne

  2. Chacune de tes pensées inspirées et admirablement exprimées me va droit au coeur.
    Tout est beau dans ce texte poétique et réaliste.
    Pour en citer des passages, il faudrait que je recopie le tout.

    Oui … » La vie mérite qu’on la respire  » dis-tu dans un commentaire.
    À certains moments , il ne reste que cela à faire, au fond de sa coquille ;
    Un lieu où se refont nos forces, nos espérances, nos refus d’abdiquer où l’on danse
    sur le papier avec ces lumières d’encre bienfaisantes.

    Tu es unique ma belle Delphine…Ta plume me fascine, et c’est peu dire.
    Avec amitié et tendresse
    Manouchka

    Aimé par 1 personne

    1. Oh merci Manouchka , je suis infiniment touchée. J’ai mis tout mon cœur dans l’écriture de ce poème . je suis heureuse qu’il ait résonné autant en toi.
      « Un lieu où se refont nos forces, nos espérances, nos refus d’abdiquer où l’on danse
      sur le papier avec ces lumières d’encre bienfaisantes. » oui nécessaire d’aller se ressourcer ( se tremper à nouveau dans la source tendre et fragile qui nous est donnée au fond du cœur ) pour enluminer le monde du meilleur de nous même , humblement 🙂 . Merci de tes mots , je te retourne une amitié avec tendresse également
      Delphine

      Aimé par 2 personnes

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s