Message aux abonnés … et un vœu

 

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Salvador DALI – Montres molles , extrait

Les énergies actuelles m’invitent  à réorienter mon attention vers des activités laborieuses ; ou plutôt à leur consacrer plus de temps ( mais aussi , et ouf, à un travail littéraire de fond ) … Je réorganise ma courbe personnelle de temps. Je serai donc moins présente sur wordpress . Ce qui veut dire que je publierai moins ( peut-être que je publierai d’anciens articles pour les derniers abonnés ; que les anciens me pardonnent 😉 ) . Je serai aussi une visiteuse éclair ; commette ultra intermittente dans le champs étoilé de vos blogs ; et c’est certainement cela qui me peine le plus ( et me manque déjà ) . J’essaierai de me tenir au rythme ( frustrant) d’une visite par mois.

Voici donc mon message du mois ; que j’ai pris pour « prière » depuis que je l’ai découvert:

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magnifique tableau trouvé sur internet ; je cherche le nom de l’auteur … si quelqu’un reconnaît …

UN VŒU

Nous qui sommes rescapés

de la nuit des étoiles

Nous qui sommes

descendants lointains

du rayonnement stellaire

poussière dans l’univers,

poussière de l’univers

et univers nous-mêmes

ne nous laissons pas éparpiller

comme cendres refroidies

ne nous laissons pas éteindre

essayons de briller

rayonnons plus fort

essayons de donner

un peu plus de lumière

répandons en nous

et autour de nous

un peu plus de clarté

 

Nous portons en nous

notre étoile future.

 

Poème de Francis COMBES que j’ai découvert dans le magnifique recueil de poèmes JE RÊVE LE MONDE, ASSIS SUR UN VIEUX CROCODILE illustré par Aurélia FRONTY

KODAK Digital Still Camera

Mon pseudo anagramme et moi même vous saluons !

                                                                                       Gracie de la nef

                                                                                                                                                              Delphine Garcia
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Dialogues avec la lune

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David Carmack Lewis

Dame Lune et moi-même regardions – elle, de son unique globe livide ; moi de mes deux yeux cernés de caféine – des lettres griffonnées sur un papier chiffonné : Livre d’ina-chevet. Devant ce mot « de vrac » , que j’avais inventé lors d’une présentation de lecture , nous sommes restées perplexes ; hors du dialogue un long moment. Alors qu’habituellement nous conversions aisément de tout et de rien – ou plutôt je lui confiais aisément mes tracas et elle , patiemment inclinait sa courbe vers le bord gauche de ma lucarne de salle de bain – nous restions coites et peu loquaces au sujet de ma dernière « invention » . Finalement, agacée par mes longs bâillements, la Dame me fit observer que le train du sommeil déplorait mon retard. Elle m’accompagna de ses rayons lactescents et pris soin de me border avec toute la prévenance qu’on lui connaît ; puis elle retourna à ses étoiles.

Moi, je ne trouvais plus le sommeil . C’est une fois seule que m’était revenue l’envie de palabrer . En fin de compte j’avais deux ou trois choses à dire à la lune…

Sous mon dais de lin tendre je tâchais de trouver le chemin opalin de son méat auditif et je murmurais dans l’orbe ce qui pointait et m’obsédait soudain :

Il y a un livre à mon chevet

c’est un livre d’ina-chevet

L’aurais-je lu en entier

lorsque je mourrai ?

Il y a un livre dans ma cuisine

ce n’est pas un livre de recettes

Je préfère lire Théophile Gautier

Que réussir mon parmentier .

Il y a des livres sous mon lit.

J’en livre les runes à mes nuits

pour chasser les humeurs chagrines

et me faire une vie rêvée.

Il y a un livre dans ma tête

comme une bête à l’agonie

Un jour ou l’autre, ou bien une nuit,

Il me faudra bien l’achever.

Comme elle avait l’ouïe fine , et l’analyse délicate, elle en savoura toutes les nuances et m’avoua, après un court silence, qu’elle était agréablement surprise. Ce poème un peu bête , un peu triste , cette créature bête-triste, ça la changeait des habituelles odes en son honneur que je lui resservais à chaque cycle nouveau . À vrai dire, elle n’en pouvait plus de tous ces poètes qui lui rendaient hommage depuis des siècles.

« c’est à vous écœurer de votre condition ! »

Comment lui expliquer que tout en elle , sa rondeur, son éclat, le mystère de sa part secrète , son obsession à orbiter , tout oui, décidément, invitait le quidam à verser dans la poésie – de la plus admirable à la plus improbable , nous en conviendrons.

ODES A LA RONDE

REINE DU CIEL

« Reine de la nuit à la pâle clarté,

Mon regard indécent , ce soir là , te gênait.

Tu n’osais me montrer ta rondeur ; calfeutrée

Sous le feuillage noir d’un arbre enchanté.

Malgré cet asile agité et puissant

Qui me dérobait tes charmes grisants ;

J’ai attendue, muette comme un amant,

Que ton visage éclaire le firmament.

Ta crainte a disparu ;

Tu as rejoint les cieux dans ta course assidue.

Et enfin je t’ai vue entière et toute nue… »

Mon cœur s’est embrasé

Quand le terre a chanté doucement sa beauté .

Oh ! Cette nuit, superbe, Je l’ai vue danser !

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René Magritte

SÉLÉNÉ

Pleine lune

Dans une mer démontée

De nuages tourmentés .

La vérité crue

Qui dévoile

Monstres nocturnes et fantasmagories.

Enivrant

Vertigineux

Intenable

Je mets les Voiles !

Dans les draps je m’enfouis

À demie effrayée

Émerveillée

Ravie.

Malgré mes justificatifs au nom de tous les poètes de tous les temps; malgré mes excuses  pour les mièvreries qu’elle m’inspirait depuis toujours, elle ne démordait pas de sa lassitude. Elle me confia même que, pour ce qui était de mes propres ouvrages, ma comptine simplette lui convenait bien mieux que mes rengaines ridicules à propos de l’horreur des insomnies …

« Est ce que je me plains de ne dormir qu’une fois par cycle ? »

RITOURNELLE DE NUIT

De fil en aiguille

D’aiguillons en coups d’épée

La pensée se déchire

Ne cesse de couler

Elle s’écoule à grands flots

Sans réserve se déverse

Sur mon sommeil en lambeau

De grises vagues de matières

Inintelligibles ininterrompues

Maintiennent ma tête à l’envers

Essoufflant mon esprit rompu.

Le souffle courbé et le corps tremblant

Dans le grand bain de l’Insomnie

Le temps décuple l’agonie

De mes membres implorants.

Dans le vacarme du silence

Le tic tac des aiguilles danse

Interminable ; interminable…

Ma raison ne tient qu’à un fil.

Quand l’ouragan cessera-t-il ?

Demain, dans mille ans peut être ?

Déjà, la dixième aube pointe…

tête ciel

RÉPONDRE AU PETIT JOUR

Qu’est ce qui toque, toque, toque

Aux portes de ma caboche ?

Quel est ce malheur,

Quel est cette erreur

Qui tinte comme une cloche ,

Qui fait dix fois l’tour ?

Qui hante ma tour ;

Retourne mon esprit,

Le griffe et l’écorche ?

Qu’est ce qui m’étourdit ?

Qu’est ce qui toc, toc, toc

Très fort dans mon cœur ?

Qu’est ce qui coule à flots ,

Qui rend tout pas beau

Et plein de rancœur ?

Qu’est ce qui fait rugir ?

Qu’est ce qui veut vomir,

Qui voudrait guérir ?

Qu’est ce qui clac, clac clac ?

Mes genoux se plaquent.

Qu’elle est la terreur

Qui se terre à cœur

De ce puits sans fond ?

Personne ne répond.

Qu’est ce qui veut grandir ?

Qu’est ce qui veut sortir

Et franchir le pont ?

La nuit a ses raisons.

Elle prit un ton acéré et, d’une voix crayeuse , se mit à me comparer à ces créatures nocturnes ; fléaux des fermetures de bar , totalement avinées.

«  tu t’arrimes à tes peines , comme ces olibrius s’accrochent au premier lampadaire innocent qui traîne en hurlant leur rage – loups garous des temps modernes – entre deux jets de pisse incontrôlés. Ils me gueulent à la face leurs misères épouvantables ; comme tu me déverses tes épouvantes misérables. Non mais ! Vous avez des psys pour ça hein ! »

Face à sa mauvaise humeur croissante – je ne l’aurais jamais cru aussi lunatique ; juste un brin changeante – je me sentais démunie ; et coupable pour tous les rageurs et autres éplorés de la nuit. J’avais juste envie de disparaître sous les draps. Il me fallait trouver une parade. La flatter ; vanter son pouvoir , son influence, son potentiel de révélation ? Redorer mon blason ; mettre en avant ma capacité de transcendance ? Je cherchais dans les replis de ma mémoire une incantation digne de l’amadouer .

SIXIÈME LUNE DE LA CONTEUSE

Récolter les signes, affûter les plumes.

Écarter les brumes. Prélever à l’écume

Ses nectars ; L’essence de la nacre.

Projeter sur les braises l’ombre du grand simulacre.

Agencer le présage des rêves aux cieux.

Muer les rages enténébrées en un atlas radieux.

Lier la peau à l’écorce ;

Léguer la fuite à sa force.

Ainsi danse à la vie ;

Au ras des flots,

Au devant des furies.

À saisir les synchronies.

Ainsi danse chamane,

fortissimo ;

Sans filet, sans arme.

À pêcher le sel des larmes

Et des mots.

j’ai capturé des runes

Dessinées sur la lune.

edwin howland blashfield
Edwin Howland Blashfield

À voir l’aura sinistre qui se dégageait de son masque blafard, j’en conclu que ma tentative avait échouée, et avait même passablement détérioré la tolérance de Diane . Je me sentais naufragée dans une relation qui allait tourner à l’orage. C’est au moment précis ou j’allais plonger lâchement dans le roulis désordonné de ma literie, qu’un nuage compatissant – ou inconscient, que sais-je ? – éclipsa mon amie, désormais transmutée en harpie, et lui cloua le bec.

J’attrapais machinalement le premier livre qui musardait sous mon lit. C’était un vieil almanach des marrées.

Hugo
Victor Hugo

Revue ENCRES … et libres d’être

encres
Image collectée sur la revue ENCRES (n°0) , réalisée  Claude Billès

J’étais ravie d’apprendre que le n°2 de la revue artistico-littéraire ENCRES sortait le 16 mars . Vous  y trouverez deux de mes poèmes « A nos candeurs abusées » et « Fleur de sel » – sur la double thématique POLI/BRUT .  Mes textes seront édités sous mon pseudo Gracie de la Nef ⛵️🌎. J’ai hâte de la recevoir et de découvrir les autres auteurs !

Extraits :

« A NOS CANDEURS ABUSÉES

Entre ses mains ils avancent masqués
et c’est l’Atroce qui l’emporte sur cette démence que j’aime tant.
Ses éventreurs ont tiré sur ma peau une note perlée qui évoquait les cimes imprenables .

…  »

« FLEUR DE SEL

Pourtant c’est lui toujours
lové en son écrin
qui me berce sans fin de son chant cristallin.

…  »

Pour cet appel à participation j’avais proposé quatre poème . deux ont été retenus… et deux autres ont été LIBÉRÉS . Oui c’est ce à quoi j’ai songé ; qu’ils étaient libres d’être …

Libres d’être hors champs d’une revue

Libres d’ errer où bon leur semble sans le poids d’une nomination

Libres d’avoir été écrits , une fois n’est pas coutume, par pur plaisir du jeu d’écriture. Car, pour cette double fois en effet , je n’ai pas fais appel à ce qui a transité plus ou moins longtemps, plus ou moins intensément par mes cellules, ma mémoire, mais je me suis laissé guider par le plaisir de répondre à la « commande littéraire » . Et ce fût un vrai plaisir.

Libres, donc, d’avoir suscité le plaisir gratuit de la création

Libres d’accepter d’être partagés ici avec un très grand plaisir avec ceux qui passent … comme une manière de les remercier 🙂

Poli :

CHAIR VOUS,

Je vous demande

Pardon ;

vos yeux en amande

avaient

raison.

Cette gifle profonde

sur le flanc de nos rires

n’était pas assez forte.

Quand nos amours sont mortes,

il faut laisser rugir

les fouets, le sang et l’onde

pour abluer

les regrets.

Il faut noyer encore

les images brodées

d’insalubres mensonges ;

il faut crever enfin

ses yeux à l’illusion.

Je vous dis, beau Trigame,

l’élan que nous portions

était protéiforme ;

Golem sans nom ni âme –

une chose à jeter.

Nos chaînes vénéneuses

n’ont pris que trop d’essor.

Nos haines acrimonieuses

sont restées bienséantes –

ce fut notre trésor.

Mais laissez-moi vous dire

sans être trop abrupte

combien je m’ennuyais.

Après l’amour,

les larmes ;

advint la lutte armée .

Moi, je me suis lassée

de tant vous détester.

Donc, adieu.

 

Brut :

RHAA ! JE  :

Je te fustige ;

je te pulvérise,

crevant tes yeux

remplis de tort.

Je pressure nos joies

d’une main ferme et sûre.

Je griffe, je rage, je mords !

Les soupirs d’amertume,

je les envoie valser

à coups de schlague dure.

Je vais karchériser

nos ébats moribonds

jusqu’à dissolution.

Je maintiendrai sous l’eau

nos momeries sucrées

jusqu’à étouffement !

Et les rêves de mioches,

je les écharperai

sur un autel de roche

consacré au réel.

Si tu me dis encore

« Je te veux, soyons fous !»,

je te démolirai.

Et ton cœur de boue ;

ton cœur dur et grossier,

s’il bat, je le dévore …

Approche et je te cogne !

Nos serments, je m’en cogne !

Nos serpentes insultes

j’en fais, douce besogne,

du gravier pour l’égout.

Je veux te rudoyer,

te bastonner de mots ;

te hurler mon dégoût

pour nos corps alanguis,

nos rixes hystériques

et mes poings sur tes i

je t’aime encore trop !

Sois broyé , maudit !

GdlN 2019 D.A.R.

Merci encore à celles et ceux qui passent du temps à feuilleter mon blog

Gracie de la Nef  (alias Delphine et … Vice versa)

PS: Pour vous procurer la revue : toutes les démarches sur le site d’ENCRES

 

LA FEMME A BARBE, UN MYTHE A RÉALISER

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Gustav KLIMT : Mermaids

Les trois poèmes que j’ai réuni ici ont été écrits à différents âges de ma « vie de poésie » . Toutefois, ils sont en lien avec  une de mes sources d’inspiration – et de construction – principale. Elle tient une part importante et fût sans doute une des premières – avec la nature – à me permettre de rêver la vie les yeux ouverts. Il s’agit de la part des contes et des mythes. Des tous premiers contes de mon enfance à un goût croissant pour les mythologie, les étagères de ma bibliothèque – et mes rêveries – trouvent toujours bonheur en ces nourritures. Les contes et les mythes , ont coloré la façon dont je m’inscrit au monde, dont j’appréhende ma condition humaine, et plus particulièrement mon positionnement en tant que femme. Quoi de plus normal ; ils ont été crées pour cela ! Les contes et mythes ont tant à dire sur l’Humanité. La manière dont elle s’est construite et transcendée. Ils révèlent aussi une part qui nous dépasse. Ils nous renvoient à l’inconscient collectif et au souvenir commun , réel ou fantasmé – à chacun de nommer la chose selon ses croyances , d’une condition supposée antérieure. Les grandes figures mythologiques, tout autant que les personnages les plus insignifiants des contes, nous questionnent et nous guident dans notre positionnement en tant que créature humaine sexuée et en quête de transcendance. Quels formidables ressorts à la création !

Ces trois textes sont une partie du cheminement que j’ai du accomplir lorsque j’ai cherché à accéder au Féminin Sacré en moi ( ils révèlent  beaucoup de moi pour qui sait lire à travers mots )  . Nombreuses ont été mes lectures à ce sujet ( Cf : sources en fin d’article ) .

Pourquoi avoir intitulé mon article La femme à barbe ? Parce que Mandragore, Mélusine et Baba Yaga sont toutes trois, à mon sens, des femmes à barbe. Des femmes qui d’emblée dérangent par leur « étrangeté » physique qui ne colle pas aux standards ; mais aussi parce qu’elles assument leurs pouvoirs. Elles dérangent et font peur avec leurs pouvoirs dangereux. Elles font peur et surtout elles défient les hommes. Ceux qui n’ont pas encore incarné leur Masculin Sacré. En exhibant leurs poils, leur part masculine – cette saine agressivité qui permet l’ Agir sur le monde, le pouvoir sur sa propre vie – Elles dérangent tous ceux qui ne sont pas encore sur le chemin de leur propre accomplissement. Elles seront conspuées et refusées bien qu’elles montrent une part du chemin qu’il faut se risquer à prendre.

La Mandragore

Enracinée dans le désir,

Mandragore s’étirait

Aux pieds de l’Arbre et de l’Homme;

Jumeaux difformes.

Avide, elle a bu leur sève ;

Ardemment…

Et l’Arbre s’est effeuillé ;

Et l’Homme s’est desséché.

Meurs vil humain ! Meurs pauvre chêne…

En une seul souffle les jumeaux vont au trépas,

Dévorant leur ultime haleine ;

Triste repas.

Mandragore a volé, à ses amants, leurs veines…

depuis, j’ai découvert dans une antique forêt

Le vestige de ce conte de fée.

Un arbre décharné retient sur son vieux corps

Je tronc, jeune et ferme, d’un homme mort.

Et je rêve éveillée à cette Mandragore

Qui résume à ses lèvres la naissance et la mort.

Gracie de la Nef

( 94 / 2016 . DAR : Droits d’Auteur Réservés)

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Keith PARELLI

 

Mélusine

Quand mon regard te croise

Tout s’étouffe en ma gorge ;

Ta lumière interroge

Ma peau, mon cœur, mon âme.

Tes yeux sont mes fantasmes,

Tes mains sont mes morsures ;

Mes rêves en sont remplis.

M’agrippant à ton cou,

J’y plonge … Et me désole

Quand je dois m’éveiller.

Tout ça me rendra folle,

Puisses-tu l’exiger.

J’en suis sûre, tu voles

Nonchalante et heureuse.

Je ne peux qu’implorer

Ta présence radieuse.

Conte-moi tes mystères,

Tes secrets séculaires

Offre-moi ton image

Que j’aie le courage

De te ressusciter chaque soir

Pour enfin tout savoir !

Gracie de la nef

  ( 92/ 2016 DAR)

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Christian SCHLOE

BABA YAGA

Un bel après-midi de balade en forêt

M’a mené malgré moi vers d’étranges sentiers…

Allongée un instant sur un petit talus

Pour rêvasser et délasser mon dos fourbu,

Je me levais soudain ; empruntais un chemin

Dans la douce pénombre d’un petit bois de hêtres.

L’air, nimbé de magie, comme un guide certain,

Attirait tout mon être.

J’ai marché, sereine, sans doute aucun.

Je ne savais pas encore que je la verrai

Aussi parfaitement que je l’avais rêvée…

Au milieu de la sente, s’ouvrait une clairière

Cernée de hauts buissons comme d’une barrière.

Quelque druide amoureux a bâti en ce lieu,

Avec dévotion et grande application,

Une charmante petite habitation

Toute de branches et de feuilles de lierre tressées.

Les lignes en sont si pures, les courbes si sacrées

Qu’en un instant j’ai su qu’ici elle vivait.

Face à cet abri, s’élevait, droit, un chêne.

En ses hauteurs elle m’attendait, immobile…

À son observatoire ancestral enlacée,

Comme un bijou ancien accroché à sa chaîne,

Sauvage et silencieuse, gironde mais habile ;

Elle reste invisible au promeneur distrait.

Mais Elle m’a choisi ; m’a mené jusqu’ici.

Je l’ai enfin trouvée, à mes yeux révélée !

Vieille Beauté qui incarne la Mère,

Elle arpente depuis toujours la Terre…

Millénaire et souterraine,

De toutes les femmes elle est Reine.

Bienveillante et douce, tout le jour durant,

Elle est féroce et crue au soleil couchant…

Détentrice de nos puissants savoirs,

Révélatrice de nos vivaces forces,

Oserais-je l’approcher dans le noir

Et vibrer à l’Unisson de la Boue et l’Écorce ?

Grande Louve, terrible et rieuse,

Serais-je, pour toi, une disciple courageuse

à qui tu ordonneras par delà les mots :

« Chante la chanson des vivants et des morts.

Danse et ri sur les Os, invoque leurs trésors ! » ?

Gracie de la Nef

(  2016 DAR)

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Magdalena KORZENIEWSKA

Sources d’inspirations et de résonance :

LE FÉMININ DE L’ÊTRE , pour en finir avec la côte d’Adam d’Annick de SOUZENELLE

Mélusine ou la Noble Histoire de LUSIGNAN de Jean d’ARRAS

Mélusine ou l’androgyne de Jean MARKALE

Le Cycle d’Avallon de Marion ZIMMER BRADLEY

FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS de Clarissa PINKOLA ESTES

Psychanalyse des contes de fée de Bruno BETTELHEIM

– Le conte de BABAYAGA ( mythologie slave )

– Mother Gong : album Fairy tales

– Emily LOIZEAU : La femme à barbe ( album Pays Sauvage )

– Claire DITERZY : album 69 battements par minutes

Oh Ciel, ma Liberté !

Je vous propose aujourd’hui d’embarquer, tout autour de la Nef,  au cœur de ma liberté. Pour y aller, nul besoin de vaisseau onéreux; nul besoin de s’acheter les compétences d’un guide ou un ticket d’entrée hors de prix. C’est un endroit où pourrait régner un paradigme de démocratie vraie et de libre expression; c’est Le royaume du vide. Là même où parfois le démuni , s’il n’égale le plus riche , peut aisément le surpasser. C’est l’espace blanc où tous les vertiges sont permis; toutes les images en attente. C’est la page blanche où toutes les histoires sont promises; tous les rêves en suspens. Il est la page blanche de mes rêveries; de jour comme de nuit. Parfois, je n’ai même pas besoin de le voir; il me suffit de l’invoquer et la magie opère. Me voici en zone paisible de tous mes possibles , côtoyant en pensée les créatures les plus libres , les plus téméraires et les plus gracieuses qui existent sur cette planète. Et sur celles que je m’invente; parce que s’ouvre en moi un ciel intérieur pourvu des seules limites de mon imagination . J’a en effet cette vision qu’à l’intérieur de notre boite crânienne est un Ciel-jumeau; grand écran sur lequel nous projetons l’infini possibilité de notre esprit et de ses aptitudes (que nous connaissons si mal , que nous méprisons parfois). J’en ai une vision si claire que j’en ai fait un tableau… mais seulement dans ma tête … si seulement. D’aucuns cherchent à conquérir et contrôler cet espace azuré  – et son doublet spirituel – à grand renfort de technologie; de techniques de suggestion subliminale aussi. La chose est complexe de posséder entièrement l’insaisissable … Cela adviendra-t-il ? Peu importe. Car je veux croire qu’Il trouvera toujours des brèches, des échappées pour n’appartenir jamais à personne et communier avec tous. Il est là comme pour nous élever; nous interroger sur notre condition. Nous, êtres soumis à la gravité au matérialisme et au consumérisme; ne rêvons nous pas tous, au fond, de nous alléger et de vivre pour un instant ou une éternité en ce lieu immatériel et limpide? Ne rêvons nous pas d’en être les dieux résidents ? En attendant, Il a inspiré une majorité de mes poèmes, soit que j’y projette mes désirs, mes craintes, mes fuites, mes émerveillements; soit que je m’identifie à un de ses hôtes réels ou mythologiques, soit que je suis le simple témoin de ses «événements». J’ai d’ailleurs choisi , ici, de vous présenter essentiellement – à l’exception du dernier texte – cette dernière part au travers de trois poésies très différentes. Qu’il s’agisse pour moi de témoigner de l’apaisement et du recentrage qu’Il me procure, de la joie enfantine de mon cerveau à se laisser aller à ses penchants à la paréidolie , ou bien des nuées qui entrouvrent les portes du sacré. Ces quelques vers sont un hommage bien dérisoire en comparaison à tout ce que Lui m’offre ; à sa disponibilité , son accessibilité. Pour s’y rendre, il suffit positivement de lever les yeux et de contempler sa grandeur mutable et immuable à la fois. Et si les yeux de certains se refusaient ( pour tant de raisons, médicales , psychiques… ) à le révéler; il suffirait encore d’écouter, ou sentir sur la peau en extase, ses multiples souffles. Il sera la caresse chaleureuse de la mère sur le front de l’enfant; Il sera l’étreinte sensuelle d’un couple éternellement enlacé. Il est le fouet cinglant qui libère nos maux . Il est le murmure de l’amant à l’oreille de sa douce. Il est le chant prénuptial des migrateurs, au printemps. Il est la fureur des Dieux; Il est l’envol fougueux de mes mots dans son silence éthéré. Il est une scène inaltérable sur laquelle se déroule un spectacle inépuisable pour celui qui daigne se laisser aller; une aire de jeux gratuite et illimitée. Laissons voler nos libres pensées à travers ses continents-nuages, ses étoiles-balises et ses couloirs de vent … N’attendons pas un seul instant; tant que lever la tête reste un acte autorisé.
Billet pour nulle part ailleurs
Un jour, il faut que je te mène
Là où le ciel est toujours bleu;
Où les nuages s’égrènent,
Perlant les limites des cieux.
J’y puise ma force dans l’herbe et la rosée;
Admirant les oiseaux qui viennent par milliers
Abreuver mon bonheur.
Là mon âme s’élève et, s’éprenant des leurs,
Rejoint en un instant ce grand vide tout bleu.
Il faut que je t’y mène
Pour qu’enfin tu connaisses
La souffrance abolie
Et l’oubli des caresses;
L’extase irréfléchie
Que trop de pensées blessent.
Gracie de la Nef ( 92/2018 )
Vladimir KUSH
Acte I, scène 1
Ce matin,
Dans le ciel :
Bouquet de choux fleurs sauce soleil ;
J’ai faim !
Paupières closes,
Histoire de savourer la chose…
En un clignement d’yeux,
Le bouquet s’est fait la belle
Et fait place à une ribambelle
De cygnes vaporeux
Qui voguent deux par deux.
Un coup de vent rebelle
Vient gonfler leurs ailes…
Adieu plumes en satin ;
Bonjour monstres marins,
Éléphants de guimauve,
Dieux hindous teintés de mauve.
Je vois leurs bouches se distendre
Tandis qu’ils roulent de grands yeux.
Au signal d’un Zéphyr malin,
Ils entonnent un turbulent refrain
Que je suis la seule à entendre.
Dans ce vacarme silencieux,
Qu’accompagnent clairons et trompettes,
J’entends venir une joyeuse tempête…
Un rideau de nuages
Couleur d’orage
brouille ces charmants mirages
Et charrie dans son sillage
De nouvelles vagues à naître…
Cette ouverture théâtrale était un coup de maître !
Demain, je reviens.
 ( 2016:Chroniques des éthers  )
René MAGRITTE
Oh Ciel, mes Dieux !
 
Le ciel de mars en Basse Bretagne
Est un enchantement.
Il semble que les Dieux
Ont quitté leur Montagne ;
Ont dit adieu à leur Olympe adorée
Et rendez-vous, Ici, se sont donnés .
Au dessus des abers, des forêts et des champs,
Ils se reposent ou s’ébattent.
Et ; prenant soin de leurs corps accorts, imposants,
Déroulent à leurs pieds de prestigieuses nattes.
Tantôt duvets moelleux
Nimbés d’incandescente blancheur
Sur un azur nacré,
Ils abritent l’éclatante nudité
Des déesses d’Amour et de Fertilité.
Tantôt épais et ombrageux ;
Nous protégeant des clameurs
D’un Poséidon tempétueux.
Quelquefois déchirés, gris, loqueteux ,
Dispersés par des frères qui se battent
Jalousement en des joutes furieuses ;
Une fratrie frivole, joyeuse, qui déverse
L’écume de ses luttes,
De ses rires et ses rages
En une tiède averse.
Soudain féroces et noirs,
Fulminant de rage,
Quand éclate l’Orage
Dans une nuit abrupte
D’où l’espoir est absent…
Parfois pâles et perlés,
Quand les idoles quittent la scène
En dispersant leurs traînes,
Pour laisser place à d’autres allégories
Manannan Mac Lir
Puissant fils de la Mer ;
Dana la Grande Mère
Dominant les montagnes,
Maîtresse des nuages et des Vents…
En Basse Bretagne,
Quand j’attends le printemps ;
Les spectacles de mars,
Jamais ne me lassent.
 ( 2017 :Chroniques des éthers   )
Eugène BOUDIN
Chronique des dernières nuées
Quand tout sera bétonné
Quand tout sera gris poussière
Quand nous serons prisonniers
De cités tentaculaires
Quand ils auront détruit
Le moindre village vert
Quand au-delà des villes
Tout ne sera que désert
Quand nous serons nourris
De lumières nucléaires
De désirs fabriqués
De poison-confitures
Gavés de peurs et de haine
Nous ne saurons plus
Nous suffire à nous-mêmes
Coupés de la nature
Qui sustente et éclaire
Dans ce vide absolu
Où trouverons-nous les brillantes idées
Qu’elle nous inspire.
Où seront les plaisirs sans frais
De la fleur que l’ on respire
L’eau qui rafraîchit ?
Le sable en transparence ?
Où donc les mûres rougies
Au soleil de notre enfance ?
Quand sa douce compagnie
Réduite à l’évanescence
Ne pourra plus combler nos vies
Nos sens et notre Essence
Quel sera l’asile
Aux vaines envies
Que l’on nous inocule
A mesure que l’herbe s’amenuise ?
Ce matin mon enfant m’a dit
Son amour des nuages
Qui se déguisent en images
Lui aurais-je transmis
Cette part insoumise
Qui veille au fond des âmes ?
Pourvu qu’ils ne bétonnent le ciel.
 (  2016: Chroniques des éthers  )
Thomas MORAN
Sources d’inspiration et de résonance:
  • Elévation ; Charles BAUDELAIRE in Les Fleurs du mal
  • Cloud Atlas ; de Lana et Andy WACHOWSKI et Tom TYKWER
  • Les sonates d’ HAYDN qui se marient si bien avec la transmutation des nuages les jours de vent léger

 

Gracie de la Nef ( DAR )

RETOUR à LA MÈRE , Chassez la nature , elle revient en mon cœur

camille corot souvenir de mortefontaine
Camille COROT
Avant que ne passe le printemps, ma saison favorite, je voudrais faire croître aujourd’hui , sur cette page blanche, les couleurs, les parfums, les musiques que m’inspire la Reine de la création , L’Enchanteresse en personne ; Mère Nature. Je reviendrai , dans un autre article, dire mon amour du Ciel ; et ce lien libertaire et rêvassier qui me lie à lui. Cela reste cependant un « amour platonique » . Je peux le voir, l’admirer, lui clamer mes sentiments les plus élevés … je ne pourrais hélas que le frôler à peine et jamais vraiment l’étreindre. Sa nature éthérique en est pour partie la cause ; mon vertige pathologique a fait le reste.
Il en va autrement avec les autres éléments qui constituent notre Nef Suprême. Mon rapport amoureux en devient d’autant plus charnel que je n’ai point saisi mon aimé azuré. Et c’est un amour tout enfantin qui de dessine alors; fait de sensations et de libres et simples expérimentations.
J’aime en toute saison marcher le long des rivages maritimes, pieds nus dans le sable, pour mieux flirter avec l’eau vagabonde ; les yeux rivés sur les trésors de la plage, ou bien happés par la ligne argentée de l’horizon ; l’oreille attentive au murmure des vagues et aux piailleries des oiseaux de mer. J’aime aussi bien , les jours de ciel turbulent , marcher sur les chemins de crête fouettés par le vent, quand la houle offre aux rochers son écume sauvage qui vient vous lécher le visage.
J’aime perdre mes pensées sur les sentiers forestiers ; me laisser envahir par la magie des lieux. J’aime y être silencieuse pour laisser les mots , inspirés par le secret des futaies , trouver le chemin de mon cœur. J’aime aussi y recevoir les « conteries » et confidences d’êtres chers ; les arbres apprécient de connaître de nouvelles histoires, et accueillent volontiers les paroles secrètes.
J’aime grimper sur les hauteurs…. Sentir les muscles s’échauffer sous l’effort. Croire que je n’arriverai pas au sommet, être à bout de souffle jusqu’au moment où le corps décide que c’est possible ; jusqu’au moment où j’ai la sensation que je vais m’envoler.  Étendre mon regard, minuscule reine de rien du tout, sur les étendues vertes, les pâtures que survolent avec puissance et grâce les milans et les hérons cendrés. J’aime voir les silhouettes des arbres qui se découpent ça et là. J’aime encore mieux lorsqu’ ils sont innombrables ; parce que la solitude d’un arbre , si majestueux et respectable soit-t-il, me rappelle toujours que l’homme est passé trop souvent autour de lui pour lui voler ses frères.
J’aime par dessus tout longer les berges des rivières; les parcourir jusqu’à ce qu’elles atteignent les eaux salées . Leur course disciplinée est la seule à pouvoir apaiser mon feu intérieur. Être un rivière sage et retourner à la mer…
J’aime vivre au rythme des saisons . Me réjouir de ce qu’elles ont à nous offrir, même si le printemps a toute ma préférence. Après les longs mois d’hiver à fomenter, dans le silence des longues nuits, quantité de projets et de rêveries ; à grelotter un peu chaque fois que l’on prend un chemin bourbeux recouvert de feuilles mortes ; à espérer le retour improbable du soleil; c’est une excitation toute enfantine qui m’envahit à la Pâques de l’année. Mes promenades deviennent soudain interminables, non pas à cause seulement des kilomètres ajoutés mais surtout pour la fréquence des arrêts suscités par l’éveil de la nature. Le moindre bourgeon nouveau, le moindre pépiement, le moindre froissement d’herbe me met en alerte . Je ne veux rien rater de la vie célébrée. Tout bouillonne , tout tend à conquérir. Et , comme les bourgeons fleurissant sur la branche simultanément, tous les projets que j’ai peaufiné au cœur de l’hiver, semblent exploser et s’éparpiller dans les jeunes pousses printanières. Restera ensuite à les rattraper un à un et à les dompter . Il faudra alors jongler avec les heures et les contingences du quotidien pour rajouter à ce qui doit se faire et ce qui est déjà en cours toutes les promenades à venir, que l’on ne saurait repousser plus longtemps ; et toutes les créations qu’elles nous inspireront. Un casse tête, une épreuve qui demandera beaucoup d’énergie et de rigueur . Combien de fois ais-je souhaité que les journées d’Avril ne contiennent chacune trente cinq heures ?
J’aime me nourrir de la beauté de la nature, et de ses dons aussi. Croquer à pleine dent dans ses fruits juteux, ses légumes croquants. Absorber des yeux et des lèvres toutes les couleurs qu’elle met à disposition sur la palette de ses multiples paysages.
Je l’aime avec crainte , cette tendre et puissante mère, car n’ai pas la force sauvage des animaux qui l’habitent et survivent malgré nous. J’envie la résistance et la générosité qui se dégage de l’État naturel. Un état dont nous nous éloignons tant ; qu’il nous faudrait reconquérir pour lutter avec elle et en elle contre nos propres aberrations. Et je rêve d’une humanité qui aimerait suffisamment la nature pour rompre les schémas du chacun pour soi au bénéfice de solidarités naturellement inscrites en nous ; afin que se créent des îlots de préservation et de régénération , de l’habitat originel duquel nous sommes issus. Des îlots gigantesques de préservation et de réappropriation des gestes intrinsèques d’entraide et de reconnaissance des compétences singulières. Et je rêve d’une humanité qui se comporterait comme à l’aube d’un printemps éternellement renouvelé… dont la seule préoccupation est l’élan de vie.
Souvent je pense aux rêveries de tous les promeneurs solitaires.
BALADE
Marcher au gré de mes pas.
Marcher sur les chemins.
Arpenter les forêts
Et les plages de sable fin.
Parcourir les vallées
Et les monts durs et froids.
De mon passage nulle trace laisser .
Juste l’empreinte de pas légers :
Sur l’herbe encore jeune et fragile
Que la rosée aura bientôt renforcée ;
Sur le sable, mouvant dans l’immobile,
Que l’eau tantôt aura renouvelé.
Marcher, seule ou accompagnée
De ceux que je chéri,
pour ensemble s’émerveiller
De mille endroits bénis.
Ne rien emporter de ces trésors charmants.
Juste le souvenir d’un éclat de couleur,
Une plume perdue, un son et une odeur ;
Le temps suspendu
D’un moment attendu
Lorsque s’offre la scène parfaitement  belle
De l’ État Naturel .
Suivre le vol silencieux et doux
D’un papillon qui déploie ses ailes,
Le galop craintif et fou
D’un chevreuil surpris au réveil,
L’approche cadencée et furtive
D’une mésange naïve
Guidée par les saveurs exquises
D’une quelconque friandise.
Puis, s’en retourner en silence,
Au rythme apaisé et serein
Des promeneurs qui repensent
Aux bonheurs simples offerts par les chemins.
(2017; Éclats de terre, vers de mer )
Franz MARC: Daims dans la forêt
BALADE II
Parcourir des routes et des routines ;
De ces deux entrelacs est faite notre vie,
À dérouler ces distantes bobines
Et les entortiller à l’envi …
L’imprévu qui chagrine,
Le présent qui ennui,
Les regrets qui vous minent,
Les projets que l’on envie ;
En faire une belle tapisserie
Évoquant une carte aux trésors,
Un index de cols franchis
Affiché en décor.
Mieux encore,
Cacher l’œuvre chérie
Tout au fond de son bagage
Et, dans un secret langage,
En tirer philosophie :
Découvrir des routes et revenir aux routines.
Reprendre mille fois le fil d’un sentier connu,
Sur l’écheveau du quotidien que l’on sème,
Sans se lasser de l’herbe déjà vue ;
Toujours fidèle, jamais la même.
S’élancer à nouveau sur des voies inconnues
pour toujours ressentir le goût de l’aventure,
Sans s’étonner, pourtant, que la vraie nourriture
Ne tient pas seulement dans ce que l’on a vu.
Car la quête extérieure reste stérile et vaine
Sans un regard honnête en dedans de nos veines.
Et quelle meilleure amie pour écouter son âme
Que la très noble et bienveillante Dame,
La mère universelle que l’on nomme Nature ?
(2017; Éclats de terre, vers de mer )
Narcisse DIAZ De La PENA
DE AQUA VITAE
Elle court tout autour de la terre ;Libre et rebelle, elle court
Elle rafraîchit ton cœur ;Ton âme, elle la renvoie à l’état d’enfant
Tu éclabousses.
Tu enfonces tes doigts dans la vase, c’est bon !
Elle jaillit entre les roches, indomptable et glacée
Elle chante dans sa course effrénée
Elle t’assourdit et t’emplit au même temps de rires joyeux
Elle t’invite aux jeux furibonds !
Elle t’apaise dans ses vasques tranquilles ,
prise entre les rochers et les sols sablonneux ;
Douce rivière aux abords verdoyants
que la lumière du soleil pénètre en fins rayons tamisés
Elle t’invite à la rêverie
Quand tes mains caressent sa surface apaisée
Elle invoque le voyage et l’ailleurs dans ses étendues azurées, salées …
(2016; Éclats de terre, vers de mer )
Gustave COURBET : La mer
CHAMPS LIBRES
la folie me guette si je reste ici demain …
Je prendrai le chemin le plus lointain.
L’eau coulera libre,
Pure et fine.
Le ciel reposera ses membres
Sur de vertes et géantes épines.
Les animaux sans laisse
S’étonneront de mon passage.
L’arbre sera mon père ;
Ma mère, la rivière.
Le rocher, comme un ami fidèle,
accueillera ma fatigue.
L’herbe sera ma belle
Et la fleur, un bijou à mes yeux.
J’oublierai les lumières mortes ;
Le feu sera mon hôte,
Mon amant,
Mon meilleur ennemi.
(94∕07; Chroniques des déserts)
René MAGRITTE : La clé des champs
RETROUVER L’AXE DU MONDE
Enfant de la Lune
De la Terre
Et des étoiles
Réclame ta source
Et déterre tes os.
Prélève la plume
Et goûte au bruit de l’Eau.
Revêt toi d’un vent nouveau.
Bientôt ,
Viendra le règne de Callisto.
Nous quitterons l’amertume ;
Nous danserons à nouveau
En l’honneur de la Grande Ourse.
Encore sous les étoiles,
Tremblera la terre,
Entre granit et callunes.
(2018, Chants des cendres)
William TROST RICHARDS
Gracie de la Nef
 DAR (Droits d’Auteur Réservés)

PETITES GENÈSES, ET GRÂCES EN LA NEF, partie 2

oskar-kokoschka-triptyque-apocalypse
Oskar KOKOSSCHKA, Apocalypse
Elle a quarante ans et remercie sans amertume ce gestionnaire imbus de son petit pouvoir qui vient de la menacer, sans sourciller, de causer sa perte professionnelle pour avoir osé mettre un terme à des intentions contractuelles qui ressemblaient à des entraves. Elle le remercie pour l’inquiétude causée; pour cette peur irrationnelle , qui l’a traversée un instant, d’être poursuivie et maudite sur tous les plans de sa vie. Elle le remercie pour tous les questionnements qui en ont découlé autour de sa liberté et de son identité; pour ce désir impérieux d’échapper à ses filets aussi malveillants qu’impuissants – elle le comprend maintenant. Car enfin, c’est dans cette rupture et cette précipitation à se sauver qu’elle a trouvé ce «nom de scène» qu’elle cherchait mollement jusque là. Ce nom «pour rire», pour mieux coller à sa définition personnelle de l’acte d’écrire : un jeu d’équilibre qui oscille entre libre expression de sa vérité et allégories volontaires; ce nom pour rêver et se revendiquer, malgré tout, de la Nef .
Ce n’est pas une grâce rendue; juste un merci rapide, afin de se souvenir que chaque expérience désagréable est l’occasion de mieux se connaître, et un formidable ressort pour aller rebondir plus loin et danser plus haut. La grâce rendue, au sortir du tunnel , elle est faite à l’instinct de vie et de joie qui transforme tout en opportunité d’écrire plus et plus souvent aussi.
Je suis entrée dans un âge au chiffre alchimique s’il en est et j’ai le sentiment, après moult orages, d’évoluer en relative osmose avec mon sentiment d’êtreté . Chacun de mes pas paraît s’accorder enfin au monde. J’évolue d’un événement à un autre comme guidée.
Seule une pièce du puzzle semble manquer ; ce qui m’incommode parfois et me ralenti considérablement. Comme si un élément de compréhension m’ était caché et m’empêchait d’être mieux alignée.
Puis, vient ce jour…
Je suis assise dans cette salle d’attente. À mes côtés, un étudiant est plongé dans la contemplation d’une phrase algébrique qui tient lieu de la formule magique, pour moi. Inspirée par ces mystiques mathématiques , je me prête à rêver à quelque incantation ésotérique, voire à une prophétie codée. Je sort un carnet car le début d’un poème se profile à l’horizon de mon imaginaire. J’entame une transe écrite ; les mots se bousculent et dansent autour de la feuille avant de se poser. Il est question d’une joie pénétrante . Demandez donc à mon inconscient le lien avec cette discipline qu’est la science des chiffres, et que j’abhorre de surcroît ! Absorbée par mes pensées, je fixe sans y prendre garde la personne assise en face de moi – à moins que mon inconscient ait souhaité que je fixe mon attention justement là. C’est une femme qui approche probablement la soixantaine et qui a l’air, tant par sa posture, par l’énergie qu’elle dégage et par sa tenue, d’être bien plus jeune. J’entends par là très ouverte à l’activité de la jeunesse – il n’y a qu’à la voir regarder avec bienveillance les jeunes personnes qui partagent avec nous cette salle d’attente. J’entends aussi le chant de son attrait pour les surprises de la vie. Elle sort tranquillement un livre de son sac… Le poisson est ferré à l’ hameçon de MA curiosité: «Quel est ce livre? l’ais-je déjà lu? Pourrait-il m’intéresser ? Quel est son titre ?»
Quand je déchiffre , à force de me tordre le cou en toute discrétion, les lettres sur la couverture, je reçois un coup de poing à l’esprit , une gifle éclairante donnée par un Titan omniscient caché dans les tréfonds de mon âme : LA NEF DES FOUS
C’est incroyable, je suis bouleversée. Depuis quelques jours justement je suis à nouveau hantée, habitée par cette vision personnelle de la nef. Une vision entachée, bien évidemment, par le souvenir d’un des tableaux de Jérôme BOSH qui me fascinaient dans ma jeunesse. Il ne s’agit pourtant pas de l’ouvrage en vers de Sebastian BRANT , autrement nommé Le miroir des fous; miroir des vices et névroses des hommes dans lequel l’auteur, non sans humour, s’engloba. C’est une petite pièce d’un auteur que je n’ai jamais lu. Je ne ne peut retenir un cri de surprise qui détourne la lectrice de l’ouvrage. Des sourires et des regards interrogateurs s’échangent; suivis de confidences…
Après un bref échange, la dame, touchée, m’offre spontanément le livre qu’elle possède en plusieurs exemplaires car c’est l’œuvre d’un membre de sa famille – son fils? Son neveu ? Je ne sais plus . Puis , elle répond à l’appel du praticien qui vient de lui faire signe. Elle se lève, me sourit et disparaît derrière une porte qui se referme. Sur le coup je n’ai pas la présence d’esprit de demander des coordonnées tant je suis surprise par ce don. Après mon rendez-vous, je rentre chez moi très pressée de lire. C’est une pièce de théâtre que je découvre, fébrile, planquée sous ma couette, d’un seul trait. Elle m’ébranle et m’enveloppe; tremblante, je me laisse submerger. J’imagine chaque personnage; je les peins sous mes paupières; je respire avec eux et marche dans leurs pas; je me glisse sous leur peau et palpite dans leurs veines. Le conte est simple, beau, fou, cruel; poétique. Il soulève à nouveau en moi , parce qu’il les traite assez crûment, des vagues de questionnements et son flot de réponses intimes au sujet de l’humanité; au sujet surtout de la nécessité humanisante de créer. Et je me souviens… Je me souviens de cette ancienne Apologie de la folie, de tout ce en quoi j’ai cru, de mes combats, de mes passions laissées à l’abandon; des ces pièces de théâtres avortées dès la fin du premier acte, de ces embryons de roman qui manquaient de corps, d’expérience et de courage pour que j’ose les mettre au monde. Je me souviens de mes poèmes enfermés dans leur tiroir-prison, dont les gardiens sont mes doutes, ma peur et ce sentiment sourd d’illégitimité qui se cache en chacun de nous et prend, Grand Maître des fausses apparences, mille formes pour mieux nous tromper et nous convaincre que nous n’avons droit à Rien. N’aurions nous réellement droit à rien d’autre qu’une quête toujours biaisée d’un bonheur douteux et mensonger ? Je me souviens aussi de cette source intarissable qui s’est mise à nouveau à couler; tant, que l’encre déborde.
Alors je plonge direction le plasma de la Nef; et cette fois j’emporte ces mots à qui je dois allégeance car ils me constituent. Plus que cela, ils m’aident à expliquer ou à masquer, dans un jeu consenti, mes pensées intranquilles, mes rêveries sereines, mes lumières, mes ombres . ils m’offrent la possibilité, dans l’acte d’écrire, de mettre à jour une part de vérité intime, enrobée sous une couche de vérité universelle. Car jamais le poète de ment. Il offre à l’interprétation ; espérant d’un vœux pieu que quelqu’un pose son regard pile au creux du sien. Ces mots, je les emporte et les libère, car ils font des ponts à l’Intérieur, ils sont le pont vers l’extérieur ; ils sont le pont vers tous les autres. Et j’emporte avec eux toutes les folies qui restent à accomplir.
TOUTE TEMPÊTE AVANT APPAREILLAGE
Terrible épreuve qui délie l’amour
En un jeu mutin qui ne m’appartient pas:
Manipulation de l’ange,
électrode sensibles
Banalisée par la moisissure de l’écho variable,
Dans l’indifférence
Peureuse et normée
D’un changement immédiat et sans répugnance ;
Dans l’extase de la vie quotidienne et sans tâche de larmes pour qui n’y tient pas.
Pertinente conquête d’un torrent artificiel :
J’ai pleuré pour la peine des autres
Sans penser que j’aurai mal pour eux.
Alors j’ai ébloui mes yeux
Dans l’odeur des cyclopes sans faim
Qui ne mourront jamais,
Car ils n’ont pas le temps de s’oublier à eux-mêmes tant ils ont à faire dans leur boucherie artistique.
Lamentable allégorie de ces horreurs éternelles,
Que l’on détient dans un matin sans évidence,
Qui ne s’écorche qu’en présence d’une épine diabolique.
Je l’ai offerte aux affres délirantes et assoiffées de ma tolérance
Sans flammes et sans sévices.
Gracie de la Nef ( 94/2018 , Les sincères et les colères )
Ivan KONSTANTINOVITCH AIVAZOVSKY
MURMURES DANS LE CIEL
J’ai vu briller, invisibles, les hautes Montagnes
Alors que je plongeais au cœur de l’Antique Bretagne…
la femme-louve, hilare, s’est éveillée
Pour m’épouser, m’envelopper, me guider.
J’ai vu le ciel s’ouvrir sur le Bel Horizon ;
Celui que mon élan pourrait choisir.
Je sais désormais que rien ne peut mourir ;
Le chemin que l’on se promet
Est toujours voie de guérison.
Le soleil brille derrière la pluie ;
On peut rire devant notre ennemi.
J’ai vu mon âme balisée s’envoler.
Elle baigne dans le numineux m’entoure.
Elle accompagne le vol de chaque oiseau sacré
Et me dit que partout se trouvent , comme accolées,
Les libertés et les lois de l’Amour.
Gracie de la Nef ( 2016, Parcellaire Invisible )
Salvador DALI
DANSER DANS LA NEF
Entrer en relation
C’est faire oraison
Et renoncer aux guides.
C’est plonger dans le vide
Avec l’esprit acéré d’un couteau sacrificiel;
Tomber à genoux en conscience;
Se déposséder des gestes artificiels.
C’est révoquer la méfiance
Et s’abandonner tel l’heureux sacrifié
Qui fait don de son souffle
Sans chercher à savoir où le porte le vent;
Qui fait don de son sang
Sans se soucier de la plaie qui se boursoufle.
Entrer dans la Nef de l’Humanité
C’est entrer dans la Danse avec légèreté.
Danser sans entraves et sauter.
Sauter par-dessus les chaînes
De l’Ego qui nous malmène,
Qui nous limite
Dans des vues trop réduites.
Car la vie est éphémère,
Légère comme une danse.
On se croise, on s’aborde Pour s’aimer, se distraire…
Et parfois on saborde,
Pour une infime offense,
La relation naissante
Que l’on pourrait soustraire
 A ces rancunes amères
En un bond facétieux.
Mais, qui peut se défaire
Sans se sentir honteux,
Plus démuni qu’un autre,
De son savoir faire,
De son savoir dire…
Et devenir l’apôtre
D’un réel Savoir Vivre.
Saurons-nous briser nos chaînes;
Affûtés tel celui qui s’affranchit ?
Afin d’accomplir cette folle chorégraphie
Sans disgrâce ni haine;
 Cet Intermède qu’est la Vie.
Alors pourrons-nous, peut-être,
Au dessus du sol, danser.
Comme l’Oiseau, la Plume,
La Feuille, le Pollen … ivres,
Légers, légers,
Gracieux et libres
Gracie de la Nef (  2016 , Parcellaire Invisible )
Marc CHAGALL